Ils lui rendent hommage

KOFFI Michel

Fraternité Matin 19 avril 2006, Copyright© 2004 Groupe Fraternité Matin

A 64 ans, celui qui disait : « A quoi vais-je consacrer le peu de temps que je vais passer sur terre ? A vivre ! Vivre pleinement de toutes ces choses que la vie nous donne : l´amour, l´esprit, l´humour...Je comprends pourquoi j´aime tant la vie, l´amour, la bouffe, tout ce qui fait que je suis heureux de la vie...Je suis sûr que sans amour, sans sexualité, sans amitié, sans fraternité, sans rire, sans générosité, il n´y a pas de place pour aucune vie. Je n´ai pas vécu avec elles, mais je suis persuadé que les fourmi savent rire et savent faire l´amour », a donc tiré sa révérence. Comme çà !

...Franco-guinéen, viscéralement attaché à la Côte d´Ivoire, depuis 1967, il y a pris femme et ce pays lui a donné l´espace de son épanouissement professionnel, social, culturel, etc... A ce pays d´adoption, il a tout donné. Pour que le nom de ce pays, son pays, signifie aussi cinéma.

...Son cinéma avouait son nom : une comédie sérieuse, qui témoignait d´une façon d´être, de voir qui s´inscrit dans la tradition ivoirienne de la comédie. Sembène Ousmane avait inauguré, avec Le Mandat (1968), l´ère du comique sérieux au sein des pratiques cinématographiques africaines.

...Et c´est surtout Henri Duparc, comme on pouvait le lire dans la revue Unir Cinéma, qui, après Sembène Ousmane, et surtout sur un ton plus léger, donne ses véritables lettres de noblesse à la comédie cinématographique. Avec Bal Poussière, son film culte, il parle de la polygamie, du capitalisme, du rapport des générations et même de l´histoire de l´Afrique avec une verve et une verdeur sans pareil. Avec Le Sixième Doigt (1990), il se moque du colonialisme et du colonisé avec attendrissement et sévérité. Et enfin, avec Rue Princesse (1993), il traite avec une sensibilité et une liberté verbale décapante de la prostitution, du sida, de l´obsession sexuelle des hommes et de l´hypocrisie de la morale et des hiérarchies sociales. Avec Une Couleur Café (1997) il rejoint les deux premiers films de Désiré Ecaré – Concerto pour un exil et A nous deux France (1969)- en abordant avec humour et détachement la question de l´immigration. En 1972, déjà avec Abusuan, critique du parasitisme social et de l´exode rurale, il annonçait ce qu´allait être son cinéma : un bal du rire qui, par la dérision, nous fait prendre conscience de nos travers.

Le 31 mai 2004, ce cinéaste le plus constant de sa génération, après avoir terminé son tout dernier long métrage, Caramel (un regard pessimiste réaliste sur le monde du cinéma, couplé à une histoire d´amour, film sorti en avril 200(), consacrait un documentaire au Président Laurent Gbagbo. Le titre : La force d´un destin. Un document d´histoire qui va appartenir au patrimoine de la Côte d´Ivoire. Parce que jamais personne n´aura eu à enregistrer la vie de cet homme avec une telle importance et sur une aussi longue période : de 1945 au 20 octobre 2000, au moment o ? prête serment. C´était le prélude à une série télévisée sur des personnalités qui ont été à l´origine de l´alternance politique dans leur pays. Hélas, le destin jaloux ne lui a pas permis de réaliser ce rêve ; le rêve de voir immortalisé ces fils des Afriques qui ont donné, c´est selon, une accélération à la marche de leur pays.

Il nous laisse une production importante, mais une chose est sûre, il laissera à sa famille, à ses amis, à ses parents et au monde des arts et de la culture d´ici et d´ailleurs qu´il a habité puissamment, un grand vide. Celui que laissent les hommes qui n´ont pas seulement mérité de naître, mais qui ont « ajouté de la terre (solide) à la terre » de leur vivant et donné à l´humaine condition une denrée qui court rarement les rues : le sens de la fraternité, au –delà des races, au-delà des différences ; le sens de la joie de vivre à partager avec tous.

Voilà, les notes et images du...Bal se sont arrêtées. La bobine du film s´est cassée. L´écran est noir. Ne reste plus que le souvenir et les lettres de ta dernière lettre : tu voulais que j´actualise ma photothèque de tes récentes photos. J´avais pensé que c´était pour illustrer une autre création. Erreur. C´était une manière de me : nous dire... » A plus tard ! ». Aujourd´hui, c´est donc fait. Je livre aux lecteurs tes dernières photos. Qui nous donnera encore le goût du rire à l´écran ?







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